T2S, un nouveau monde d’opportunités

kpmg_t2sEn septembre puis février, deux des dépositaires centraux luxembourgeois monteront
à bord de la plateforme européenne unique T2S. Ce changement s’appuyant sur une infrastructure unique aura des répercussions sur l’industrie des fonds et les activités liées à la gestion des titres.
Il appartient à l’ensemble des acteurs de se repositionner à terme.
Par Sébastien Lambotte pour l’édition ITnation Mag Juillet 2016

Depuis près d’un an désormais, le projet T2S est entré en phase opérationnelle. Target2-Securities, projet vieux d’une dizaine d’années et porté par la Banque Centrale Européenne, a
pour objectif de réduire les barrières transfrontalières liées au règlement de livraison des titres en Europe. Ce projet s’est traduit par la mise au point d’une plateforme européenne unique, à qui les dépositaires centraux confieront la gestion de leur activité de règlement
de livraison en euro de titres selon des modalités harmonisées à l’échelle de l’Union européenne. « La mutualisation des coûts d’infrastructure que permet l’utilisation d’une plateforme unique doit permettre d’abaisser le coût de règlement de livraison d’un titre et devrait, à terme, profiter à l’ensemble des bénéficiaires finaux actifs dans ce domaine, en l’occurrence les banques et divers acteurs de l’industriedes fonds, commente Simon Riffault, manager au sein du département management consulting de KPMG Luxembourg. Elle doit aussi améliorer la fluidité des transactions transfrontalières, grâce au recours à des standards uniques et à la disparition de tout problème d’interopérabilité. »

Depuis un an, les dépositaires centraux (CSD) de chaque pays sont amenés à progressivement monter à bord. « Au Luxembourg, la migration des dépositaires centraux s’opérera en septembre puis en février. Les précédentes migrations, en Belgique et en Italie notamment, se sont bien déroulées. Si bien que l’enjeu, aujourd’hui, n’est plus de savoir si la plateforme présente un intérêt ou un risque, mais de se pencher sur l’impact qu’elle aura sur l’écosystème en lien avec l’activité de gestion des titres dans les années à venir », poursuit Simon Riffault.

« A moyen terme, chacun trouvera sans une doute une opportunité à se repositionner. »

Si les banques ou les acteurs des fonds doivent profiter de cette opportunité, les intermédiaires, qu’ils s’agissent des CSD ou des dépositaires, seront probablement autrement impactés par ce changement. Chacun va devoir se repositionner dans un marché qui, en outre, est plus ouvert, plus concurrentiel. En effet, le cadre T2S et le développement d’offres de type « Investor CSD » permet par exemple le recours à un CSD unique. Il faut aussi mentionner la conjugaison de T2S et de la « CSD Regulation » permet de choisir la place d’émission d’un titre, alors que par le passé, il fallait recourir au CSD local.

Consolidation du marché et émergence de nouveaux acteurs

KPMG Luxembourg a donc mené une étude* auprès des acteurs directement et indirectement concernés par ce changement. « Le recours obligatoire à T2S, dans un premier temps, ne devrait pas avoir beaucoup d’impact sur le marché ou sur le comportement des acteurs de la place.  Dans un deuxième temps, cependant, chacun trouvera sans doute une opportunité à repenser son positionnement, mais aussi ses partenariats avec les différents prestataires de service en la matière », assure Gustavo Rodrigues, Senior Manager au sein du département Advisory de KPMG Luxembourg et co-responsable de l’étude. A moyen terme, T2S va redistribuer les cartes, et même favoriser l’émergence de nouveaux acteurs. La place financière luxembourgeoise, reconnue pour sa position de back- office de l’industrie européenne des titres avec la présence de nombreuses banques dépositaires et agents de transferts, pourrait être impactée à moyen-terme.

« Dans un environnement FinTech, de nouveaux prestataires pourraient émerger pour faciliter la connexion des end-users à la plateforme. »

« Par exemple, la perte des revenus liés au règlement de livraison des titres et la nouvelle compétition qui devrait s’installer à l’échelle du marché unique, devrait pousser des CSD à développer ou renforcer leurs activités dans le domainedu custody, grignotant sur la position des dépositaires locaux ou globaux », précise Gustavo Rodrigues. Un mouvement de consolidation des CSD, avec l’émergence d’acteurs internationaux, pourrait s’opérer. « D’autre part, de nouveaux prestataires pourraient émerger dans un environnement FinTech, pour faciliter la connexion des end-users directement avec la plateforme », ajoute Lilian Citerneschi, Senior Manager IT Advisory au sein de KPMG Luxembourg et co-responsable de l’étude. La migration de l’ensemble des règlements de livraison de titres à travers la plateforme ouvre un nouveau champ de possibilités. « Dès à présent, il y a une opportunité pour les acteurs de l’industrie des fonds à évaluer la manière dont le marché se transforme, pour identifier de nouvelles opportunités profitables à leur activité », assure Simon Riffault.

T2S vs. Blockchain ?

Au-delà, KPMG a envisagé ce changement au regard des possibilités offertes par les nouvelles technologies. Dans un pays avancé dans la promotion de la technologie blockchain au service de la finance, autrement dit d’une infrastructure décentralisée devant permettre le paiement instantané, comment appréhender le recours à une infrastructure centralisée pour la gestion et le règlement des titres ? « A l’heure où la gestion des titres s’opère en deux jours, la blockchain pourrait accélérer les processus. Aussi, comment positionner T2S au cœur de la disruption qui s’opère ? », s’interroge Lilian Citerneschi. Pour les auteurs de cette étude, la plateforme n’est pas incompatible avec le recours à la technologie blockchain pour la livraison et le règlement de titres.
« L’utilisation de la blockchain doit conduire à d’importantes transformations notamment au niveau des activités de clearing et de règlement de livraison des titres… Mais c’est vrai aussi en matière de gestion des flux de cash, poursuit le senior manager. Cependant, malgré les gains en temps et en ressources au niveau du back-office que doit permettre la blockchain, la supervision et le respect des exigences réglementaires doivent toujours s’opérer. En cela, T2S doit faciliter cette supervision, de manière centralisée et rapide, et faciliter les communications entre les acteurs et les autorités. Les deux univers peuvent donc parfaitement cohabiter. »

« Il faut aussi ne pas oublier que la friction des cycles de settlement n’est pas liée au titre en lui-même mais au cash qui lui n’est pas dématérialisé. En soit T2S peut et fait du real-time settlement. De ce point de vue, un registre blockchain titre n’apporte que peu. Une vraie avancée serait un crypto-euro, nul doute que la BCE envisage cette option avec sa vision “2020” », commente Simon Riffault.

 T2S aura des impacts sur l’environnement actuel. L’inconnue réside dans la manière avec laquelle les acteurs du secteur financier luxembourgeois vont l’appréhender. Tous ont cependant intérêt à se préparer. « Beaucoup d’institutions de la place sont clairement sur une stratégie d’attente, notamment vis-à-vis du positionnement et de l’offre des acteurs majeurs », continue Gustavo Rodrigues.

Titres + Cash                                                 

Un des projets européens qui pourrait encore aboutir réside dans
le rapprochement entre T2 et T2S comme les derniers appels d’offres de la Banque Central Européenne laissent sous-entendre. « Cela pourrait avoir un impact sur les acteurs divers, et notamment sur leur organisation. Aujourd’hui, la plupart des acteurs bancaires organisent la gestion des titres distinctement de celle du cash. Or, avec l’évolution des métiers et des infrastructures, la frontière entre les économies d’échelle pourraient être réalisées avec un rapprochement des services cash et titres au niveau de chaque acteur financier. De plus le besoin en collatéral et la vélocité recherchée pour optimiser les balance sheet tendent aussi à rapprocher flux cash et titres. Aujourd’hui, des outils informatiques communs, permettant une gestion centralisée des processus, offrent la possibilité aux acteurs de se réorganiser pour plus d’efficience. Ils doivent par exemple permettre une gestion transversale des ratios de liquidité et des capitaux, pour mieux répondre aux exigences réglementaires en la matière », explique Lilian Citerneschi.

« Un enjeu capital pour permettre le succès de cette infrastructure résidera dans la capacité à faciliter la gestion du cash et des titres mais également de mobiliser du collatéral en cross-border afin de rendre l’ensemble plus agile, d’améliorer la liquidité des marchés et de permettre aux participants de générer des économies d’échelle », conclut-il.

* pour consulter l’étude « T2S and its impact on Luxembourg securities actors » produite par KPMG Luxembourg, veuillez prendre contact directement avec Gustavo Rodrigues ou Lilian Citerneschi.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *